Visiter Zanskar

05 Mars 2021 - Asie
Visiter Zanskar

Le Zanskar est une région du bout du monde située dans l’extrême nord-ouest de l’Inde, coincée entre les plus hauts reliefs du globe, l’Himalaya et le Karokam. La région himalayenne fait partie du district de Ladakh encore appelé Le Petit Tibet bien connu des passionnés de trek des quatre coins de la planète. Les décors rocheux époustouflants ainsi que les hauts plateaux arides façonnent une contrée dissimulée, loin du monde moderne. Une population respectueuse des traditions, de la culture tibétaine et des préceptes bouddhistes vit dans des conditions extrêmes dans la plus haute vallée habitée du toit du monde à plus de 4.000 m d’altitude. La région reste l’une des plus isolées du monde malgré la construction d’une route qui arrive en appoint de la voie fluviale empruntée par les Zanskarpas notamment en hiver. La Zãskãr River ou Cuivre Blanc en tibétain est une rivière née de la confluence du Doda et du Tsarap qui trouve sa source sur les contreforts de l’Himalaya au col de Bãrã-lãcha La à 4.890 m d’altitude. La météo qui flirte avec les -25° C provoque d’abondantes chutes de neige sur les piémonts himalayens. La rivière gèle et devient le seul chemin des habitants vers la vallée pour écouler les productions de beurre de yak ou pour consulter un médecin. Avec le réchauffement climatique, il est fort probable que l’accès à la capitale Leh distante de 50 km via le Chadar ou la rivière gelée ne soit plus qu’un souvenir dans un futur proche.

Le paradis retrouvé

Niché dans la partie sud du Ladhak, à l’est du Cachemire, entre les hauts plateaux du Tibet et les cimes de l’Himalaya, le Zanskar représente parfaitement la légende du Pays caché évoquée dans la religion bouddhiste tibétaine. Le petit paradis perdu inaccessible neuf mois par an, séparé du reste du monde et enfoncé derrière des cols situés entre 4.000 m et 5.000 m d’altitude, suscite fascination et vénération de la part des trekkeurs. Jusqu’en 1974, les autorités indiennes interdisent le Zanskar aux touristes étrangers. Depuis une trentaine d’années, l’ancien écrin féodal est porté sur la carte du monde grâce aux travaux de l’explorateur Michel Peissel qui publie en 1979 Zanskar, le Royaume caché ainsi que les photos et narrations d’Olivier FÖllmi. Ses récits publiés dans Deux hivers au Zanskar, 1983 et Le fleuve gelé en 1996 mettent en avant la beauté des paysages, la géologie stupéfiante, l’omniprésence du Bouddhisme tantrique et de la culture tibétaine.

Les signes religieux sont profondément ancrés dans le quotidien des habitants de la vallée où fleurissent les gompa ou monastères ainsi que les darchoks et lathos. Culturellement, il est de coutume pour exprimer sa foi et s’attirer les bonnes grâces des divinités de hisser un drapeau sur lequel sont inscrits des mantras. Ces signes sobres sont accrochés et bien visibles sur les crêtes des cols, dans les cours des temples, les ponts, sur les chemins, les terrasses des habitations et sur les monuments sacrés ou Chörtens. Le mantra le plus connu du bouddhisme tibétain Om Mani Padme Hüm est sculpté sur des pierres empilées pour former un petit mur à côté d’images saintes.

Au carrefour des civilisations d’Asie centrale, d’Inde et du Tibet, les nouveaux réseaux de chemins de randonnée remettent au goût du jour la route de la soie qui borde les oasis verdoyantes de la vallée de l’Indus. De magnifiques canyons se dessinent le long des méandres du Zanskar qui rejoint l’Indus entre la capitale Leh et Nimus. La gentillesse des bergers et des caravaniers autochtones reste cependant constamment mise à rude épreuve par les discordes géopolitiques qui secouent la région. La vallée de l’Indus pullule de bases militaires à cause des différents Chinois sur le plateau de l’Askai Chin au nord et à l’est ainsi que les divergences avec le Pakistan concernant le Cachemire à l’ouest.

Leh, aux portes du Petit Tibet

Perché à 3.500 m dans un désert d’altitude ponctué d’oasis au cœur de la vallée de l’Indus, Leh est la ville principale du Ladakh et la porte d’entrée vers la région méridionale du Zanskar. La capitale est surplombée par un monastère bouddhiste tibétain le Gompa de Namgyal Tsemo érigé au XVIe siècle sur un promontoire rocheux baptisé le pic de la Victoire qui célèbre la domination des armées du Ladahk sur celles du Baltistan. Le fort possède un temple principal appelé gon-Khang qui abrite un bouddha Maitreya de 8 m de hauteur, des statues de divinités protectrices voilées, des fresques anciennes ainsi que des manuscrits. Au pied de l’édifice religieux, se trouve le Palais de Leh du XVIIe siècle une imposante construction de neuf étages autrefois demeure royale jusqu’en 1830. Le Lechen Palkhar ou Palais de la Victoire se singularise par sa construction traditionnelle en pisé. Les aventuriers de passage découvrent sur la rue Fort Road aux limites de la ville et du village de Changspa un chorten bouddhiste japonais bâti dans les années 80s donnant une vue imprenable sur la vallée de l’Indus et Leh. Le Shanti Stupa tout de blanc vêtu se singularise par deux statues de Bouddah à l’avant et à l’arrière du monument. Il est inauguré par le Dalaï-Lama en 1985 dans le but de célébrer les 2.500 années d’existence du bouddhisme.

Le centre historique ou Khar-Yog illustre la richesse du patrimoine culturel ladakhi. Les visiteurs découvrent aux détours des vieilles ruelles pavées la resplendissante Mosquée Jama Masjid érigée au XVIIe siècle par le seigneur des lieux le roi Deldan Namgyal pour rendre hommage à sa mère de confession musulmane sunnite d’origine Baltu. Aux pieds du palais se dressent sur une butte les gompas de Guru Lhakhang et de Chamba Lhakhang. Le patrimoine séculaire du Vieux-Leh se révèle lors d’une promenade pédestre entre les bâtisses anciennes aux façades de briques en terre crue dont certaines sont âgées de plus de quatre cents ans. Le marché central reste un pittoresque endroit de convivialité et de rencontres sociales autour des cafés, restaurants, librairies, vieilles échoppes de souvenirs et magasins d’antiquités qui bordent le quartier.

La petite rue de Chuterantak ou la rue des boulangers située en contrebas du palais est l’occasion de déguster du pain cachemiri cuit dans un Kandur ou four en terre traditionnel. Le quartier séduit avec ses vieilles maisonnées qui sont une invite à remonter le temps. Le Musée d’Asie Centrale est un incontournable avant un périple dans les montagnes abruptes himalayennes autrefois fréquentées par les caravanes de la route de la soie. Sur quatre étages, le bâtiment héberge une boutique, un restaurant, un charmant jardin, une bibliothèque ainsi que d’importantes collections d’objets du Cachemire, du Tibet du Ladakh et du Baltistan. Distant de 5 km, le Musée Hall of Fame relate les guerres indo-pakistanaises et présente sur son étage supérieur des armes ainsi que du matériel ayant servis durant les conflits. Le lieu est un lieu de mémoire pour les soldats indiens tombés sur les champs de bataille, mais également une vitrine de l’histoire, de la culture, de la faune et de la flore du Ladakh.

Sur la route de l’Himalaya

Pour une vue imprenable sur la ville de Leh et afin de bien s’acclimater à l’altitude, il est conseillé de grimper lors d’une belle promenade pédestre jusqu’au sommet juché à 4.075 m de hauteur. Les monastères ou gompas de la vallée de l’Indus valent le coup d’œil pour comprendre leur importance dans la région. Le gompa d’Hémis implanté à 45 km de Leh est bâti au XVIIe siècle sur une butte verdoyant ceinturée de paysages montagnards d’exception. Le monument est le centre spirituel de la secte Drukpa qui abrite dans sa cour centrale accessible aux visiteurs le festival annuel d’Hemis Tsechu dédié à Padmasambhava fondateur du bouddhisme tibétain. Le gompa héberge une imposante statue de 8 m de hauteur de son fondateur, un musée et des balcons en bois sculptés qui méritent une attention particulière. Le Monastère de Stakna domine la vallée de l’Indus depuis un éperon rocailleux et accessible uniquement depuis un pont qui enjambe le fleuve. Localisé entre Hémis et Thiksey le gompa daté du XVIIe siècle accueille un stupa argenté, décoré de pierres turquoises appelé Namgyal Chorten œuvre signée des artisans du village de Chilling et une jolie statue d’Avalokiteshvara Dieu de la compassion.

Depuis le sommet du Monastère de Thiksey érigé au XVe siècle dont l’architecture n’est pas sans rappeler celle du magnifique palais de Potala à Lhassa au Tibet, le panorama sur la vallée jalonnée de chortens est époustouflant. Les demeures des moines et les stupas toutes de chaux blanches vêtues dévalent les pentes de l’éperon rocheux sur lequel trône le gompa et son temple Maitreya où se trouve une statue du Bouddha Chamba haute de 15 m coiffée d'un diadème serti de pierres précieuses. À 15 km de la capitale, le Palais de Shey bâti en 1655 fait l’objet d’importants pèlerinages notamment le jour du Bouddha Purnima. En bordure de l’Indus le gompa de Shey possède des vestiges du khar et une statue géante en cuivre couvert d’or du Bouddha Shakyamuni. L’imposant Palais de Stok implanté sur la rive gauche de l’Indus aujourd’hui reconverti en hôtel de luxe est la demeure des descendants de la dynastie Namgyal. Un musée fort intéressant abrite les trésors du clan tels que les bijoux, les costumes, les couronnes et armes ainsi que des antiquités qui sont exposés aux habitants lors d’un festival annuel.

GTZ

Au Zanskar, il semble que le temps se soit arrêté. Les paysages à couper le souffle des gorges découpées par le fleuve au cœur de l’Himalaya révèlent des couches rocheuses de toutes les couleurs, grises, roses, noires, bleues ou vertes que l’on observe surtout en hiver lorsque le fleuve gèle pour se transformer en Piste de la Fée ou Chadar. La vallée accueille les villages les plus reculés et les monastères hauts lieux de l’histoire zanskarpa bâtis à proximité de grottes de méditations où les fidèles se livrent à une forme de bouddhisme primitif. Depuis la ville de Kargil à majorité chiite, Padum la capitale du Zanskar est accessible via le pittoresque village de Rangdom aux maisonnées présentant un mélange d’architecture tibétaine et ottomane. Niché au milieu de la vallée fertile et verdoyante de la Suru, Kartse Khar est un site très fréquenté par les vacanciers et abrite la statue géante d’un Bouddha du VIIe siècle. Les férus d’alpinisme se rendent à Panikhar ou escaladent le mont Nun juché à 7.135 m dans le glacier de Parkachik.

Après la traversée du col de Pensi La situé à 4.400 m de hauteur, la ville de Padum et le village de Zangla distants de 31.7 km s’offrent aux randonneurs qui parcourent le mythique trek de la Grande Traversée du Zanskar. Depuis le col la vue sur le glacier de Drang Drung long de 23 km et juché à 4.750 m d’altitude laisse sans voix. Les vestiges d’une petite citadelle érigée sur une colline sont encore visibles dans le bourg de Zangla. Les immanquables de la destination sont les vestiges d’une petite citadelle et un pittoresque temple bouddhiste qui domine la vallée. Le gompa de Stongde bâti au XIe siècle surplombe la vallée du Zanskar à 5.110 m d’altitude et offre un panorama à 360° sur les monts environnants et les villages de Zangla et Karsha. Des manuscrits anciens ainsi que de magnifiques peintures murales sont dissimulés dans les temples de Gon Khang et celui de Tschhogs-khang. Le gompa de Karsha abrite la plus importante communauté de religieux du Zanskar avec 120 moines. L’ordre Gelugpa bâtit l’édifice au XIe siècle à même les pentes verticales qui dominent le village et sur lesquelles sont éparpillées des chortens, des salles dédiées à la prière ainsi que les quartiers monastiques.

Padum est le point d’ancrage pour partir à la découverte des villages et des monastères aux alentours. Le bourg bénéficie de structures d’accueil, de boutiques, de chambres d’hôtes, de restaurants et de cyber café. Localisé à une vingtaine de minutes de la capitale, le Monastère de Sani construit est l’une des plus anciennes institutions religieuses du Ladakh et du Zanskar. Un Kanika Chorten de 6 m de hauteur date du IIe siècle. Le gompa Zongkhul situé à 46 km de Sani est érigé sur une paroi escarpée. Des traces laissées par le bouddhiste Naropa demeurent dans l’une des grottes qui lui servent de lieu de méditation et sur laquelle le peintre Zhadpa Dorje va apposer de magnifiques fresques murales il y a 3 siècles.

A propos de l'auteur: Mélanie Delmer
Depuis quelques années, j'ai longuement lu divers sujets sur différents thèmes à partir de différents blogs. Parmi ces blogs, les loisirs étaient mes favoris. Lorsque je découvre un en particulier, tout de suite j'ai des idées en-tête. Mes inspirations, j'aime les faire savoir à tout le monde et d'ailleurs, c'est un grand plaisir. J'écris, je joue avec les mots pour être un modèle ou même être une bonne référence pour d'autres passionnés comme moi.
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